SALONS DE MASSAGE - Quand la justice s’emmêle
Coquins Coquines on Mar 30th 2009 06:14 pm
Source : GHI article Par Charles-André Aymon, 27 mars 2008
Daniel Zappelli veut réformer le paiement des chambres en salon de massage.
Le procureur général qualifie d’usure la rémunération au pourcentage.
Des patrons de salon à ASPASIE, la mesure fait l’unanimité contre elle.Les salons de massage, comme on appelle pudiquement les bordels à Genève, pratiquent-ils l’usure vis-à-vis des hôtesses qu’ils hébergent? En d’autres mots, se paient-ils grassement en louant des chambres à des prix surfaits, exploitant la faiblesse de leurs pensionnaires? C’est tout l’enjeu de la lutte sourde que se livrent depuis des mois justice et tenanciers de salons.
100.-/jour
Le procureur général dégaine le premier, le 23 juillet dernier, en émettant une directive intitulée «Usure et autres infractions liées à la prostitution». Daniel Zappelli y impose un forfait de 100 francs par jour et par personne pour la location, accordant quelques dizaines de francs pour les frais. Cette décision fait suite à des cas critiqués d’intervention de la police dans des affaires de sous-locations abusives.
Mais dans le canton, la pratique veut que, pour la mise à disposition des lieux, les prostituées rémunèrent le bailleur sur un pourcentage de leur chiffre d’affaires. La directive Zappelli exclut désormais ce système - très rémunérateur - sous peine d’amende.
Tollé chez les propriétaires de salons de massages: «Si c’est strictement appliqué, tous les salons vont fermer», affirme l’un d’entre eux qui estime que son bénéfice mensuel serait alors «comparable à ce qu’une caissière obtient en fin de carrière. Au vu du travail et de la réprobation sociale de notre activité, autant laisser tomber».
Exit la directive
Pas avant de combattre toutefois. Réunis en association, une dizaine de propriétaires de locaux dédiés au sexe mandatent Jacques Barillon. Dans un courrier du 30 octobre à Daniel Zappelli, l’avocat invoque la liberté du commerce et rappelle au passage qu’il n’appartient pas au procureur général de la limiter, mais au Grand Conseil d’édicter une loi en ce sens. Il en profite également pour exhumer une décision du Tribunal fédéral dans laquelle les juges estimaient «qu’une rétrocession de 40% du chiffre d’affaires […] n’était pas critiquable». Le clou juridique semble bien enfoncé. Depuis, plus rien.
Jusqu’à ce lundi 17 mars, où deux douzaines de policiers effectuent une descente au Venusia , rue Rodo et au Cosy Club , rue des Savoises, deux établissements plutôt haut de gamme. Perquisition et embarquement des filles sont rondement menés. Une quinzaine de prostituées sont emmenées au poste, parfois sans ménagement, et les deux salons passés au peigne fin.
Changement subtil
La directive, encore? «Ce n’est pas le but», plaide désormais Jean-Bernard Schmid, le juge d’instruction chargé de l’affaire. «Il s’agit de constater s’il y a usure ou non, de savoir si on exploite la faiblesse des filles. La prostitution est souvent exercée par des personnes relativement fragiles dont la situation personnelle n’est pas très aisée. La protection du public est également en jeu», continue M. Schmid qui mentionne l’hygiène, le spectre du sida et d’autres maladies sexuellement transmissibles. Il s’agit donc désormais d’une enquête ouverte par le parquet. Exit la directive juridiquement contestée.
Pas tout à fait pourtant. A écouter les jeunes femmes entendues par la police, «tout tournait autour des 120 francs par jour» (lire ci-dessous). Pour Olivia, hôtesse au Venusia , «à aucun moment on ne nous a parlé d’hygiène ou de contrainte. Leur rengaine, c’était on cherche des personnes qui ne respectent pas la directive ». Visiblement, le subtil changement opéré par la justice a plus de mal à passer du côté de la police.
Ciblée?
Une modification compréhensible face à un texte qui fait l’unanimité contre lui. Même ASPASIE, l’association qui défend les travailleurs du sexe, estime que le paiement au pourcentage «se pratique dans la majorité des salons avec l’accord des personnes prostituées qui préfèrent en règle générale ce procédé plutôt qu’une taxe fixe.» Par la même occasion, ASPASIE renvoie dos à dos justice et législatif en préconisant la création d’un organisme d’autorégulation qui contraindrait les tenanciers de salons à «respecter des règles minimales». Un objectif que résume la patronne d’un salon coté de la place: «Nous sommes ici pour donner des lettres de noblesse à notre corporation.» Ainsi, si les acteurs les plus sérieux du milieu semblent pouvoir se mettre d’accord, l’action de la justice semble, elle, s’être trompée de cible.
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