Sexe Tarifé : Les Clients vus par les filles
Coquins Coquines on août 19th 2009 11:17
Source : Geneviève Comby - le 04 avril 2009- Le Matin Dimanche
À LIRE : «Les filles au bout du lac», par Meredith Lange, Editions Slatkin.
En Suisse, un homme sur cinq recourt au moins une fois par an aux services de péripatéticiennes. Qui sont-ils? Que veulent-ils? Meredith Lange, qui a côtoyé le milieu des salons de massage genevois et publie un roman s’en inspirant, raconte comment les filles parlent de leurs michetons
Pas de filles qui tapinent sur les trottoirs des Pâquis, mais des petits appartements en location sous les toits de la rue de Carouge. «Des salons de massage», précise Meredith Lange. C’est dans ces alcôves sulfureuses de la Cité de Calvin que l’écrivain sous pseudo situe son premier roman: «Les filles au bout du lac», ou l’histoire de trois travailleuses du sexe dont la vie bat au rythme du tram et des hommes qui défilent.
«Le client, c’est un peu tout le monde. En tout cas, ce n’est pas une race à part!» sourit la jeune femme, qui publie une fiction largement inspirée de la réalité. Sa réalité? «J’ai fait de l’accompagnement, mais très peu de temps, lâche-t-elle pudiquement. J’ai surtout eu une voisine qui était «masseuse» et qui est devenue mon amie.»
Pendant plusieurs années, Meredith côtoie donc quelques prostituées «indépendantes» installées dans son quartier, écoutant leurs histoires, partageant leurs secrets: «Il y a des clients dont j’ai tellement entendu parler que j’ai l’impression de les avoir rencontrés moi-même.» Et pour parler des hommes, elles en parlent! «Quand elles sont entre elles, elles se moquent beaucoup, c’est une façon de se libérer, un exutoire qui cache sans doute beaucoup de souffrance», relève l’auteure aujourd’hui psychothérapeute.
Dans le livre comme dans la réalité, les filles exorcisent, elles se gaussent des vieux qui n’arrivent plus, blaguent sur les types trop pressés, ou trop lents, les «peine à jouir» et ceux qui n’arrivent à rien sans qu’on les attache. Elles les affublent volontiers de surnoms, comme «Jean-Louis le parano», obsédé de la propreté qui lave systématiquement ses capotes à l’eau bouillante après usage… «On n’a jamais vraiment su pourquoi il faisait ça…» se souvient Meredith Lange.
Dans sa longue liste de clients venus prendre leur pied en échange de quelques billets, tous ne sont pas aussi tordus. Mais il y en a d’insatiables, qui jonglent entre une épouse, une maî tresse et les filles de joie! Il y a les mordus, aussi. «Le livre raconte une histoire d’amour, c’était pour le côté romanesque, mais ça arrive aussi dans la réalité, relève-elle. Certains clients peuvent devenir encombrants au point de pousser la fille à changer de lieu de travail.»
S’il arbore de multiples visages, le consommateur de sexe payant semble parfois mû par un cycle quasi-cosmique. Il y a des jours, allez savoir pourquoi, où les salons ne désemplissent pas, souvent au printemps d’ailleurs, alors que la baisse du mercure irait plutôt de pair avec celle de la fréquentation des lupanars… Surprise: Noël ne freine pas toutes les ardeurs. Les clients sont certes moins nombreux, mais ils sont surtout moins stressés et plus agréables… «C’est comme dans la vie», s’amuse l’auteure des «Filles au bout du lac».
Comme dans la vie? Pas tout à fait. Le livre de Meredith Lange révèle certains des codes qui régissent ces relations. Un jeu de dupes où, si les filles s’inventent un prénom pour se protéger, les hommes qui achètent leur corps aussi. «Ça suscite à beaucoup de plaisanteries, parce qu’ils manquent totalement d’originalité. Ce sont toujours les mêmes prénoms qui reviennent. Lorsque c’est Pierre, Paul ou Jean, il est évident que le doute sur l’authenticité du nom est permis à 100%! C’est d’ailleurs aussi pour cela que les filles donnent des surnoms à leurs clients, pour s’y retrouver si, parmi les réguliers, elles ont douze Pierre et quinze Jean…»
Un tour de passe-passe d’autant plus paradoxal que les clients s’épanchent souvent - et en toute sincérité - sur leur vie privée, leur travail, leurs difficultés conjugales, comme le confirme Meredith: «Ils ne viennent pas que pour le sexe. Ils peuvent passer deux heures à discuter. On dit toujours que les hommes veulent tirer un coup, mais ce n’est pas aussi simple.»
Parler, baiser, mais en toute discrétion. D’où le succès des petits appartements faisant office de salon de massage prêt à accueillir des hommes qui n’iraient jamais s’exposer dans les quartiers dits «chauds», au vu et au su de tous.
C’est donc à l’abri des regards que nous emmène «Les filles au bout du lac». Dans un univers fait de rapports de force tronqués et souvent déconcertants où des hommes paient des femmes pour avoir un rapport sexuel et voudraient se persuader qu’ils leur donnent du plaisir. «Y a que les mecs pour croire qu’on prend notre pied avec les clients», fait dire Meredith Lange à l’une de ses héroïnes. Et dans la vraie vie, l’auteure d’ajouter: «J’ai souvent entendu les filles dire: «Si seulement ils pouvaient se contenter qu’on s’occupe d’eux, ça serait moins fatiguant…» Qu’est-ce qu’elles pouvaient se marrer en décrivant comment elles faisaient pour simuler. Mais probablement que les hommes ne sont pas si naïfs et s’en rendent compte…»
«Les clients sont surpris, mais contents qu’on s’intéresse à eux»
On estime qu’en Suisse 350 000 hommes recourent au moins une fois par an aux services d’une travailleuse du sexe. Soit un homme sur cinq entre 20 et 65 ans. Sur le terrain, des gens vont à leur rencontre dans le cadre du programme «Don Juan» d’information et de prévention mis sur pied par l’Aide suisse contre le sida.
A Genève, c’est une jeune femme qui a coordonné le projet l’an dernier pour le compte de l’association Aspasie. Et contrairement aux idées reçues, les contacts se font généralement dans la bonne humeur. «Nous avons deux cibles: les patrons d’établissements de type bars à champagne ainsi que leurs clients, explique Alexandra. Les premiers coopèrent facilement et les seconds sont assez surpris qu’on s’intéresse à eux, mais pas du tout mécontents! Il n’y a pas de profil type du client, au contraire, tous les profils sont mélangés. Mais notre message de prévention reste le même, y compris dans la rue où nous menons également des actions ponctuelles.Dans certains bars à champagne un peu plus huppés, les clients sont peut-être plus réceptifs». Allumettes, préservatifs et brochures d’information, les émissaires de Don Juan n’arrivent pas les mains vides. Et ne jugent pas. «Ça fonctionne aussi parce que nous ne sommes pas dans la honte, la cachotterie; au contraire, nous avons un discours franc et direct», poursuit Alexandra. Un discours efficace sur les risques, mais aussi les droits des travailleuses du sexe. «La majorité de leurs questions tournent autour des maladies sexuellement transmissibles et du préservatif, comment éviter l’incident, choisir la bonne taille. Même si nous savons que certains tiennent un double discours puisque la demande de rapports non protégés est très importante.»
Pour l’heure, Don Juan ne «s’attaque» pas aux clients des salons de massage. «Cela pourrait être vécu comme une intrusion, mais il n’est pas impossible qu’à l’avenir nous n’essayons pas de trouver la bonne méthode pour approcher aussi ces hommes-là.»
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