Sexe info : Le bar à champagne offre du réconfort

Coquins Coquines on Oct 8th 2009 09:33 pm

linciter_a_descendre_plus_bas.jpgSource : Tribune de Genève du 26.09.2009

Article de Chloé Dethurens et Marc Guéniat

Ex-hôtesse puis barmaid, Christine est aujourd’hui gérante de l’un des dix bars à champagne des Pâquis. Depuis quelque temps, notamment suite au drame de la rue de Fribourg, ses filles se sentent moins en sécurité.

«Ici, les clients sont plus nombreux la semaine. Car le week-end, ils filent retrouver femmes et enfants!» Christine tient depuis deux ans et demi un petit bar à champagne situé au milieu de la rue de Berne, le Manhattan . Un monde sensuel et nocturne, mystérieux et confiné, pour lequel elle se passionne depuis toujours. Faire rire et danser les hommes, leur donner de la tendresse et de la compagnie. Une motivation intacte, malgré un chiffre d’affaires en baisse et un sentiment d’insécurité grandissant, surtout depuis le meurtre d’une hôtesse la semaine passée à la rue de Fribourg.

Pas de vigiles malgré la peur

Christine connaissait bien la victime, Sénégalaise comme elle, dont l’enterrement a eu lieu hier. Toute son équipe est encore sous le choc, comme partout ailleurs dans le quartier. Malgré ce climat d’angoisse, décrit par plusieurs autres hôtesses de charme des Pâquis, pas question pour la tenancière d’installer des vigiles à sa porte. «Aujourd’hui, les filles ont peur. Elles sursautent quand un client arrive. On se sent moins en sécurité, on voit de tout. Mais c’est un sentiment général: ce drame aurait pu se produire n’importe où, et pas spécifiquement dans un bar à champagne. Ces établissements ne sont pas ce qu’on pense.»

Pour Christine, au contraire, leur univers tient de la magie. C’est il y a vingt ans que l’actuelle patronne, alors comptable, décide de plonger dans le monde de la nuit. «J’ai remarqué que je gagnais plus dans un bar à champagne que dans un bureau. Et puis, j’ai toujours eu des clients adorables. Ils sont comme ma famille. Après le drame du Good Time, plusieurs d’entre eux m’ont appelée afin de s’assurer que je n’étais pas la victime sénégalaise décrite par les journaux.»

Passionnée par ses activités nocturnes dès ses débuts, Christine ne reste hôtesse qu’un mois. «La barmaid de l’époque était distraite. Le patron a vu que je remarquais toujours qui n’avait pas payé et qui l’avait fait. Il m’a alors mise derrière le bar.» C’est en 2007 que Christine reprend la gérance du Manhattan, à la rue de Berne.

La tenancière reconnaît que sa clientèle, une fois avinée, n’est pas toujours facile à gérer. D’autant que la facture des bouteilles de champagne peut grimper très vite - 1000 francs en moyenne pour un bon client, «ce qui tend à se faire rare», précise Christine. Mais aucun débordement de violence ne s’est encore produit dans ses murs. «Il arrive que les touristes ne comprennent pas la facture, explique-t-elle. Avec un verre dans le nez, certains refusent de payer ou deviennent jaloux lorsqu’une fille qu’ils ont fréquentée la veille boit avec un autre, par exemple. Mais il faut juste savoir les prendre, les écouter.» Les employées du Manhattanne sont pas les seules à craindre pour leur sécurité.

Dans un autre bar à champagne du coin, on avoue aussi avoir parfois de grosses frayeurs. Au même moment, un homme entre et insiste lourdement auprès des serveuses démunies et apeurées, qui s’exécuteront, pour obtenir de la monnaie puis un verre d’eau sans payer. «Voyez ce que l’on vit!» lance l’une d’elles.

Pour garder la tête froide face aux clients, mais aussi la santé, les filles de Christine évitent de boire trop de bulles. «Il existe aussi du champagne sans alcool destiné aux filles, mais nous n’en consommons pas ici», ajoute la barmaid. Quand aux éventuelles prestations plus tardives? La prostitution leur est interdite, même si la police se montre tolérante. Comme dans tous les établissements du genre, on reste discret sur le sujet.

Des hôtesses, Christine n’en a plus que trois sous son aile, crise oblige. Car depuis quelque temps, les clients se font rares. L’heure est plus à la survie qu’à l’opulence. «Avant, le bar à champagne était une vraie attraction. Lors du Salon de l’auto, les clients venaient en masse et dépensaient beaucoup. On dansait, on s’amusait, il y avait de l’ambiance. Ces temps, c’est vraiment trop calme.» Une situation qui semble identique dans la plupart des bars du quartier, mais qui n’empêche pas les hôtesses d’ajuster, chaque soir, rouge à lèvres et hauts talons à l’affût de l’oiseau rare.

A la recherche des illusions perdues dans les boudoirs empourprés

Velours rouges, lumières savamment tamisées, bouteilles de divers mousseux bien en vue dans un seau rempli de glaçons; la panoplie du glamour bon marché se concentre dans les bars à champagne. Tout indique que ce décor pseudo-fellinien vise à extraire le naufragé d’un soir ou l’habitué de la réalité, qu’elle soit quotidienne, matrimoniale ou financière. C’est pourquoi la condition de la réussite réside nécessairement dans la discrétion. Un exemple? En payant par carte de crédit, l’appellation «bar-restaurant» s’invite généreusement sur le ticket. «Pour que les épouses des clients n’y voient que du feu», plaisante la tenancière d’un établissement.

Les filles, de l’Est ou d’Afrique subsaharienne, aguichent, et entreprennent. Très vite. Des caresses, bien sûr, mais surtout des incitations, répétées et insistantes, à consommer. C’est ainsi que patrons et entraîneuses gagnent leur croûte. Les premiers augmentent leur chiffre d’affaires, les secondes touchent une commission. Sans cela, leur salaire se réduirait à peu de chose, selon Marianne Schweizer, d’Aspasie, l’association qui s’occupe des prostituées. Et vu les prix pratiqués, on n’est pas surpris lorsque l’îlotier du quartier raconte que les - rares - problèmes surgissent au moment de régler la note.

Vers 0 h 30, ce mardi soir, un quadragénaire à la barbe de trois jours peine à résister aux assauts de mains très baladeuses. Il craque: ce sera une bouteille, la moins chère, à 300 francs. Combien peut-il gagner chaque mois? Difficile à dire, mais il a plutôt l’air d’un ouvrier que d’un trader. A ses côtés, debout au bar, un groupe s’esclaffe à grand renfort d’étranges sonorités semblant combler la vacuité de la conversation. Ils sont deux, entourés de quatre filles. L’un est joyeux, l’autre, plus sombre, évoque les problèmes que traverse son couple. «Il est chiant ce soir», condamne son compagnon.

L’entretien ne se prolonge pas. La Togolaise, qui envoie chaque mois une partie de ses revenus à ses proches, restés au pays, l’emmène au premier. «Pour un golo golo dans la case», s’amuse-t-elle. Manifestement, cette activité n’est pas qu’un petit susucre comme certains essaient de le faire croire. Elle est plutôt une finalité. La preuve? Sitôt éconduite par un client, l’entraîneuse se détourne.

En réalité, la fréquence de ces prestations sexuelles varie d’un établissement à l’autre, mais aussi de l’accord passé entre l’hôtesse et l’exploitant. La plupart des bars possèdent «un séparé», une petite pièce où peuvent avoir lieu les rapports tarifés. «Ces prestations sont souvent gérées de manière autonome par l’employée», explique Marianne Schweizer. Quant à leurs conditions de travail, elles sont évidemment moins bonnes actuellement qu’en période de haute conjoncture.

Comme celles de la rue, les femmes employées dans les bars ne sont pas laissées à elles-mêmes. Outre les contrôles de la Brigade des mœurs, elles reçoivent au moins deux fois par an la visite des collaboratrices d’Aspasie. Santé, protection et droits sont les thèmes évoqués. «Au début, les patrons étaient méfiants, ce qui est normal, poursuit Marianne Schweizer. Ils nous connaissent désormais et reconnaissent notre travail. Lorsqu’ils engagent de nouvelles employées, il n’est pas rare qu’ils nous contactent d’eux-mêmes.» Depuis cette année, l’association va également à la rencontre des clients pour leur transmettre le message de prévention.

Sans grande surprise, tout semble se passer comme si le meurtre de Fatou, la semaine dernière, n’avait jamais eu lieu. Business as usual… (mgt/chd)

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